TEMOIGNAGE : LE PARDON
"On n'est pas que des parents" programmé le 18 février à 10 h 00 sur la cinq
Après une analyse poussée et un inventaire de mes souffrances d'enfant, après ma révolte par rapport à ce que j'ai vécu comme une injustice, après mes colères à l'encontre de mes parents, et un état de choc important durant plusieurs années, après de nombreux questionnements sur le pourquoi ?? pourquoi ai-je été mal aimée ? Pourquoi m'ont-ils fait ça ? Et autant de questionnements, je ne me sentais pas encore apaisée.
Alors je me suis posée la question : pourquoi ? Pourquoi, après avoir tout analysé, décortiqué, tout mis sur la table pour l'étudier, l'étiqueter, le classer, l'ordonner, la souffrance était encore là si présente ?
Je croyais l'avoir maîtrisée, mise entre parenthèses, je croyais vivre avec, toute ma vie, comme une plaie qui suppure toujours et qui n'est jamais totalement guérie et elle était encore là, tapie dans le creux de mon ventre et dans les replis de mon être le plus intime, vivant avec moi, étant la compagne perpétuelle de mon être, comme un chien qui se secoue pour se débarasser d'une substance étrangère mais qui reste collée à lui tout le temps. Il veut s'en débarasser mais il n'y arrive pas, alors elle fait partie de lui et il vit avec...
Toujours cette souffrance qui se réveille régulièrement et qui revient hanter l'esprit, comme si on ne pouvait vivre sans elle, ou qu'elle avait un mal fou à s'en aller pour de bon.
Régulièrement vous vous dites : ça y est, je l'ai maîtrisée, elle ne reviendra plus. Puis, au hasard d'un chemin elle revient sur vous, toujours sans crier gare, comme pour vous empêcher d'être heureux.
Alors, vous vous dites que vous avez peut être oublié de faire quelque chose, qu'il y a quelque chose que vous devriez faire et que vous n'avez pas encore fait ?
Heureusement une personne est là pour vous aider à progresser et vous amener tout doucement vers l'objectif suivant, après la découverte du mal, l'inventaire des récriminations, après la colère et la violence des mots qui se traduisent en maux, après l'état de choc propre à cet état de fait, après l'acceptation de ces faits et l'ouverture vers l'avenir, vient en point d'orgue.... LE PARDON.
Et là vous comprenez que le pardon arrive quand on est prêt. Enfin prêt à l'accorder, parce que sans pardon, la paix en vous ne peut pas revenir. Et vous n'arrivez pas à le comprendre tout de suite parce que des tas de garde-fous vous empêchent d'arriver à ce moment là, car, alors, cette souffrance avec laquelle vous vivez depuis tant d'années, n'a plus lieu d'être et alors vous avez tellement peur de vivre sans, elle est presque votre identité.... que vous freinez des quatre fers pour que ce moment n'arrive pas. Et pourtant....
Il arrive un moment où l'on ne peut plus passer à côté. Car vous allez tellement mal malgré tout le travail que vous avez déjà accompli, que vous vous dites, : ce n'est pas possible je n'y arriverai jamais....le chemin vers soi est tellement long, semé d'embûches, il demande tant d'efforts que vous en êtes découragé d'avance. Pourquoi avoir fait tant de chemin pour en arriver là ?
À un moment de ma vie, j'ai senti qu'il fallait absolument que je pardonne pour aller mieux ...
alors je me suis mise à poser des actes, aidée en cela par ma psychothérapeute, car je pense que toute seule, ce n'est pas possible.
Il faut un guide, un accompagnateur, un passeur............ pour vous aider à passer ce cap si important.
En l'occurrence pour moi, cela s'est passé un jour où j'étais prête : j'étais allée à la maison de retraite de mes parents et j'ai senti que ma mère pourtant sénile était prête elle aussi. Parfois je n'ai pas de contact cohérent avec elle et parfois cela passe très bien. Ce jour-là, tout allait bien.
J'ai commencé à lui parler, lui dire qu'elle avait été une bonne mère pour moi, malgré le fait que j'aie souffert de la différence qu'elle faisait entre mon frère et moi, et malgré le fait qu'elle et mon père n'avaient jamais été présents pour accompagner mon enfance et me tutorer. J'ai grandi sans tuteur à tel point que cela s'est transformé en maladie de la colonne vertébrale. Maladie de Scheuerman, mot barbare derrière lequel se cache curieusement, un problème de vertèbres qui s'effritent... donc obligation de plâtrer, de tutorer pour que ça tienne. Comme par hasard.
J'ai fait passer le message par les mains, je l'ai serrée dans mes bras et je lui ai dit que je l'aimais malgré tout ce qui s'était passé. Je sais qu'elle ne l'a pas compris avec sa tête mais avec son coeur, j'en suis certaine. Elle a compris que je faisais la paix.
Il m'a fallu aller encore plus loin. Toujours accompagnée par ma « passeuse »...j'ai posé un acte de pardon. Elle m'avait dit de faire quelque chose symboliquement pour bien poser l'acte de pardon. J'ai choisi de rechercher des photos positives de moi avec ma maman, j'ai choisi des photos de moi enfant souriante, que des bons moments, je les avais complètement occultés.
J'ai fait un pêle-mêle de ces photos et je le regarde tous les jours puisqu'il est sous mes yeux en permanence. Une façon pour moi de repositiver une partie de mon enfance que j'avais noircie. Je n'ai gardé que le noir et jamais les bons moments.
J'ai fait un zoom sur les moments agréables, ce qui me permet de positiver en permanence au lieu de me lamenter.
Je suis à la maison depuis sept mois pour dépression et maux de toutes sortes. Je me suis mise à regarder des émissions de télé, tout simplement pour m'obliger à rester assise, étant hyperactive.
Je me régale tous les jours à regarder l'émission « Les Maternelles » sur la cinq car on y aborde des sujet sur des phénomènes de société qui m'intéressent toujours et des témoignages souvent poignants.
Un jour, je surfe sur leur site et je vois : « appel à témoin » dans l'émission « On n'est pas que des parents » : le thème : pardonner à ses parents.
Je ne sais pas pourquoi mais je laisse un message. Sans aucun espoir d'être retenue.
Quelques semaines après alors que je n'y pense plus du tout, une journaliste m'appelle et me dit que mon témoignage l'intéresse. Elle me pose de nombreuses questions sur le sujet et me dit qu'elle me rappellera trois jours après pour me confirmer.
Ce temps-là va me paraître une éternité, car mon coeur oscille entre : « j'y vais, et je n'y vais pas ». Je suis dans un état émotionnel intense. Que dois-je faire ? Vais-je jusqu'au bout ou j'arrête tout maintenant.
C'est là que la personne qui vous aide, vous rassure entre en jeu et vous incite même à le faire. Alors la balance oscille et quand la journaliste rappelle, je lui dis : « oui ».
Mais là, tout se bouscule, il faut d'abord que j'ordonne mes idées et que je sache ce que je vais dire. Bref, intenses moments pendant lesquels je me dis : « non tu ne vas le faire... si, tu vas le faire... » mais intimement, je sais que d'ores et déjà la machine est enclenchée, que je suis prête et que j'irai jusqu'au bout sans faillir. Tout simplement parce que je suis comme ça, que le moment est enfin venu et je suis tout à fait prête.
Le moment arrive enfin, après beaucoup de questionnements et je pars à Paris, le coeur presque léger.
Quand j'arrive là-bas, les choses vont très vite, je suis rapidement prise en charge, emmenée dans les studios pour me préparer, et tout le staff est autour de moi. Ça fourmille et le stress est grand.
J'arrive enfin sur le plateau que je regarde tous les jours de chez moi et cela me fait vraiment drôle d'entrer dans le décor.
Les premiers moments sont très difficiles pour moi, difficiles parce que je n'ai pas du tout l'habitude de me mettre en avant, que je doute énormément de moi, et que je ne me crois pas capable de le faire, mais dans mon for intérieur, je me rassure : je suis capable et lorsque je vais intervenir, tout va sortir naturellement.
C'est ainsi que cela se passe, avant la première intervention, mon coeur bat si fort que j'ai l'impression que les autres l'entendent, puis j'interviens et d'un seul coup, les caméras, les spots, le fait que l'on parle à des milliers de gens, je ne m'en soucie plus. Je suis dans l'émotion et j'essaye de faire passer le message.
L'émotion est grande et après l'intervention, la chef de plateau vient nous remercier (nous sommes deux) pour notre témoignage qui les a bouleversés. Tout a été si vite et trop vite, mais j'ai réussi tout de même à dire clairement que j'avais pardonné à mes parents et que j'avais pris maman dans mes bras en lui disant que je l'aimais. J'ai parlé aussi du pêle-mêle qui m'avait aidée à concrétiser mon geste de pardon.
Cela a été si vite, que j'avais l'intention de remercier la personne qui m'a aidée et surtout qui m'a accompagnée dans cette démarche et je n'ai pas pu.
Cependant, ce geste a été tellement puissant pour moi, que j'ai encore du mal à redescendre, mais je suis loin encore d'imaginer à quel point il va l'être. Je pense qu'il va irradier encore un bon moment dans ma vie.
J'attends le moment où l'émission va passer. Je l'attends avec impatience car j'ai demandé à la maison de retraite de mettre mes parents devant le poste. J'ai en effet fait passer des photos prises avec eux et je pense que dans le monde où ils sont, ils seront touchés par le message, d'une façon ou d'une autre. Je pense que cela va avoir aussi des retentissements sur toute la famille.
Pour moi, de toutes façons, c'est comme un soleil qui a éclaté dans mon être. Il se répand et je crois que j'ai mis une dernière fois le mot FIN à un passé douloureux qui a beaucoup mangé une partie de ma vie.
Il ne me reste plus qu'à regarder maintenant vers l'avenir et non plus toujours vers le passé. La douleur est apaisée, acceptée et elle ne fait déjà plus mal.
Cela fait partie de ma vie, mais avec tout ce que j'ai vécu, je me sens plus riche et ces souffrances m'ont fait aussi grandir.
ISABELLE
ps: vous pouvez lui adresser vos messages via le forum, ils lui seront transmis
Article écrit par isabelle suite à sa participation à l'émission: